Le rôle des femmes dans le développement de l’Afrique est d’une importance inestimable, et pourtant, il reste souvent invisible et sous-évalué. Lors d’une récente formation en leadership organisée par T4NA (Together for a New Africa) en septembre. Madame Geneviève A.M. SANZE, Spécialisée dans les questions de développement, les stratégies de lutte contre la paupérisation et la croissance du travail et de la communion, également nommée par le Pape François au dicastère du Vatican pour “les laïcs, la famille et la vie,” a mis en lumière la contribution majeure des femmes dans le progrès social et économique de l’Afrique.
La session conduite par Madame Sanze était intitulée: “Peut-on parler d’une alliance entre les hommes et les femmes? Un regard particulier sur le monde du travail en Afrique”. Cet article, inspiré par cette session, explore les dynamiques de genre en Afrique et souligne comment les femmes sont au cœur de l’évolution de ce continent en pleine transformation.
La femme, acteur incontournable du développement social et économique
Les femmes africaines ont historiquement porté la charge de nombreuses responsabilités, qui vont de l’éducation des enfants à la gestion de la maison, en passant par le soin des malades et des personnes âgées. Dans les sociétés traditionnelles, une division sociale du travail a longtemps défini les rôles genrés, assignant aux femmes la sphère domestique et aux hommes celle de la production économique. Cette répartition genrée, bien qu ‘évolutive, continue de se manifester dans les économies contemporaines, influençant le statut et les opportunités des femmes dans le domaine professionnel.
En Afrique subsaharienne, les femmes représentent entre 60 % et 80 % de la production alimentaire, tout en composant environ 70 % de la main-d’œuvre agricole. Ce travail, bien qu’essentiel pour la sécurité alimentaire et l’économie locale, reste sous-valorisé socialement et économiquement. Malgré cela, les femmes continuent de jouer un rôle crucial, assurant la survie des familles et contribuant à l’édification des communautés locales. Dans le cadre des ajustements structurels mis en place par les organisations internationales, beaucoup d’hommes ont perdu leur emploi, mais ce sont les femmes qui ont pris le relais pour subvenir aux besoins familiaux, illustrant leur capacité d’adaptation et leur résilience.
Un travail invisibilisé, un apport non rémunéré
Mme Sanze, a élaboré pour les participants de la formation de T4NA sur le fait que le travail non rémunéré des femmes, comme le soin aux enfants et aux aînés, reste souvent invisible dans les bilans économiques et sociaux. Elle a souligné qu’en Europe, comme en Afrique, ce “travail invisible” a contribué aux “miracles économiques” en permettant aux hommes de se consacrer à la sphère publique sans se soucier de la sphère domestique. Ainsi, les économies africaines profitent également de cet apport non reconnu, qui contribue au bien-être des sociétés. Cette invisibilisation du travail féminin, comme l’explique Madame Sanze, conduit à une sous-évaluation de leur contribution, créant un fossé entre leur travail réel et la reconnaissance économique dont elles bénéficient.
L’enjeu de la valorisation économique et de la solidarité
L’association traditionnelle des femmes aux rôles de soin et de soutien, vue comme une extension naturelle de la gratuité et du don, perpétue la tendance à moins valoriser financièrement ces professions. Les métiers dominés par les femmes, dans l’éducation ou les soins, sont souvent sous-payés par rapport à d’autres secteurs plus masculinisés, comme la finance ou l’industrie. Dans son intervention, Geneviève Sanze a signalé que la théorie du don et de la vocation, notamment dans les métiers de l’assistance, est remise en question par des chercheurs, comme les économistes américaines qui ont exploré cette question dans leur ouvrage intitulé “Pour l’amour ou pour l’argent – ou les deux?” En Afrique, cette vision influence également la condition des femmes dans le monde du travail, où les écarts de rémunération persistent, notamment pour les jeunes mères.
La vulnérabilité économique et la résilience des femmes africaines
Une autre conséquence de l’ancienne division du travail est la vulnérabilité économique des femmes. Le travail domestique et les responsabilités familiales, souvent non monétisés, empêchent les femmes d’accéder à des postes mieux rémunérés et socialement valorisés. Cependant, les femmes africaines montrent une grande résilience en cherchant des solutions innovantes pour améliorer leur condition et celle de leurs communautés. À travers des initiatives communautaires telles que les tontines ou les associations de microfinance, elles se créent des espaces de solidarité et de développement économique en dehors des structures formelles de l’État.
Ces systèmes d’entraide et de soutien mutuel permettent aux femmes de développer des projets locaux, répondant aux besoins de leurs communautés et améliorant les conditions de vie locales. Dans les moments de crise, elles assurent souvent la survie de la famille et de la société en prenant des initiatives entrepreneuriales.
Femmes du développement : catalyseurs de changement en Afrique
Les femmes africaines sont aujourd’hui reconnues comme des “femmes du développement”, investies dans l’amélioration des conditions de vie communautaires. Ces femmes jouent un rôle fondamental en développant des projets de santé, d’éducation, et d’infrastructure, souvent en l’absence de soutien de l’État. En tant qu’agents de liaison entre les institutions et les populations, elles proposent des solutions concrètes aux problèmes locaux et permettent une meilleure intégration des femmes dans les processus décisionnels.
Vers un avenir inclusif : le partenariat hommes-femmes pour le développement
Selon Mme Sanze, pour construire un avenir prospère, il est essentiel de favoriser un partenariat entre les hommes et les femmes en Afrique, basé sur la complémentarité et la réciprocité. En reconnaissant la valeur du travail des femmes et en leur donnant accès aux mêmes opportunités, les sociétés africaines peuvent créer un cadre de développement plus équitable et humain.
Ce partenariat, comme elle l’explique, exige aussi de revoir les stratégies économiques et les politiques sociales, pour que le travail et la contribution des femmes soient pleinement intégrés dans les plans de développement nationaux. En incluant les femmes dans les processus économiques, politiques, et sociaux, l’Afrique peut exploiter tout son potentiel pour un développement durable et inclusif.
Conclusion
Le rôle des femmes africaines dans le développement est vital et doit être pleinement reconnu pour bâtir un avenir prospère et une Afrique meilleure. Leur contribution inestimable, qu’elle soit visible ou invisible, constitue une pierre angulaire du progrès et de la stabilité des communautés africaines. Le défi reste de reconnaître, valoriser, et soutenir davantage cette contribution afin de transformer la société vers une égalité réelle et bénéfique pour tous. Les valeurs de Together for a new Africa reconnaissent que le futur de l’Afrique dépend de la pleine intégration et valorisation des femmes dans tous les domaines du développement.

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